Il est 22 heures lorsque mon cadran sonne. Je suis dans mon lit depuis 18 heures et j’ai à peine dormi 45 minutes. De mon lit, je voyais le Chimborazo. Je dirais que l’altitude (5042 m), l’excitation et la journée de repos m’ont probablement empêché de m’endormir correctement. Avant le début de l’ascension, nous avons eu le droit au petit déjeuner, fruits, céréales, yogourts et une tasse de matée de coca.

 À 23 h 10, nous débutons notre montée à 5042 mètres. À 12 h 5, il est l’heure de mettre nos crampons, nous sommes à ce moment à 5300 mètres d’altitude, je me sens super bien, je ne ressens pas l’altitude. Par contre, je suis extrêmement fatigué, mais je remercie la lune de m’éclairer le chemin. La lumière de cette dernière me donne de l’énergie pour avancer vers le sommet.

 À 1 h 20, nous avons passé El Castillo rock à 5500 m. Nous prenons, à cet endroit, une pause derrière une falaise. Cette pause me fait le plus grand bien. Cependant, lorsque nous sommes stationnaires, je pense, trop à mes pieds que je ne sens plus, ils sont gelés aux extrémités.

 Vers 3 h, la lune s’est couchée derrière nous pour nous laisser dans l’obscurité la plus totale. C’est avec chance que lors de la montée j’ai été en mesure de voir quatre étoiles filantes. Une fois dans la noirceur totale, j’avais beaucoup de difficulté. Mon mal de tête a commencé et est rapidement devenu un mal de tête modéré. Ensuite, mes orteils, je n’étais même pas conscient que j’en possédais encore. À ce moment de la montée, nous prenions des pauses fréquemment de 15-20 secondes pour faire descendre notre rythme cardiaque. Étant à moins de 50 BPM au niveau de la mer, mon cœur était fatigué de battre à 95bpm au repos et plus haut que 150 BPM lors de la montée.

Durant ces pauses, je m’accotais sur mon piolet et j’avais un combat dans ma tête, j’avais une voix qui me disait d’abandonner et une autre qui l’envoyait promener et me disait de continuer, qui m’encourageait et qui me forçait à me pousser. Au fond de moi-même, je voulais continuer et c’est pour cela qu’après les 15-20 secondes je repartais. Un moment donné, j’ai allumé ma lampe frontale au maximum et j’ai regardé vers le haut, je voyais que nous approchions du premier sommet. Peu de temps avant, Alain m’a demandé si on demandait au guide combien il restait de temps encore avant le sommet. Je lui ai répondu que j’aimais mieux rester dans le néant.

Au moment d’arriver au sommet du Veintimilla, il est 5 h 10 et c’est là que l’énergie est apparue d’un coup. J’avais encore un mal de tête, mais à ce moment mon désir d’atteindre le sommet du Chimborazo est redevenu celui que j’avais depuis des mois. À 5 h 45, nous arrivons au sommet le plus haut. C’est avec une fierté énorme qu’Alain et moi nous faisons une grosse colle. Ensuite, je me dirige vers notre Alberto, notre guide, pour le serrer dans mes bras et le remercier. À 5 h 55, Josh, notre nouvel ami australien arrive au sommet.

À ce moment, Alain prend des TYLENOL et me conseille de faire pareil. Je prends la première et la mets dans ma bouche. J’essaie d’ouvrir ma Nalgène qui est gelée, je donne deux coups de piolet dessus et je réussis à l’ouvrir. Eh bien, fidèle à mes anciennes habitudes, je m’étouffe avec la pilule. Pendant 10 minutes, je tousse, je crache, j’essaie de vomir. Alain vient me voir et la pilule réussit enfin à passer. Comme Alain disait à la blague, « la pilule aurait été dure à avaler pour tes parents, s’il y aurait fallu que je dise à tes parents que tu es mort en montagne».

Ensuite, il était temps de profiter du sommet. Sur le Ecuador/Whymper Peak, il est possible de voir le Cotopaxi, les 2 Illinizas, Antisana, Cayambe et d’autres montagnes. Le lever du soleil était un moment que j’attendais depuis tellement longtemps. Il y a 6 mois que je me visualise à ce moment et à cette heure avec mon drapeau du Québec. En 2016, j’ai dit que je monterais le plus haut possible et aujourd’hui je l’ai amené à 6310 mètres. L’ombre créée par la montagne était magnifique.

Après quelques photos et vidéos, il est déjà temps de redescendre, il est 6 h 25. Lors de la descente, je suis le premier de la cordée et je ne réfléchis pas, je suis un robot qui descend sur le glacier un pas à la fois. Je vois une crevasse à ma droite, je décide donc de dévier un peu le tracé vers la gauche.

Vers 9 h 10, il est enfin temps d’enlever nos crampons, chose que j’aurais faite bien avant. La descente sur la moraine est longue et difficile. À 9 h 45, nous étions de retour à notre point de départ. Comme je l’ai souvent dit, le sommet est-ce que nous visons, mais le plus important est de revenir à la maison.

C’est donc le 3 août 2017 que j’ai atteint le plus haut sommet d’Équateur à 6310 mètres d’altitude. Cette journée restera gravée dans ma mémoire pour toujours. De plus, j’attendais ce moment afin de confirmer encore plus ma passion pour la montagne. Comme prévu, ce voyage me donne toutes les raisons de foncer dans mes rêves comme je l’ai fait lors de ce voyage.

Ce texte a été écrit le 3 août, quelques heures après l’ascension.

Mathieu

 

 

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