Bon sang que je m’ennuyais de l’odeur de diméthylsulfure émanant du Saint-Laurent, fleuve et golfe. Ça nous a redonné un élan de courage de toucher à la mer. En effet, deux ou trois jours après, on enfilait environ une trentaine de kilomètres par jour, contrairement à la vingtaine, voire la quinzaine, que l’on faisait dans « le bois ». La suite nous donnait envie : on longera la côte jusqu’à Forillon, à quelques exceptions près.

Mont-Saint-Pierre et Mont-Louis

Le village de Mont-Saint-Pierre nous semble à l’abandon avec ses dizaines de pancartes « à vendre ». Cela n’empêche, on aura apprécié notre déjeuner continental avec ce qui nous a semblé être le rendez-vous matinal de tous les habitants des environs ! Dès le repas enfilé, on entame le désormais connu mont du même nom. Ça monte abruptement, jusqu’au sommet, d’où se lancent les fous du deltaplane. C’est vraiment beau. On traverse sur quelques kilomètres le plateau de la montagne et on aperçoit le village qui s’avérera le coup de cœur du voyage : Mont-Louis. D’ores et déjà, la vue est à couper le souffle. Le village s’étend tout le long d’une anse – un peu comme Mont-Saint-Pierre – qui loge entre deux massifs particulièrement abruptes. L’étendue du village nous laisse présager la vie sociale la plus active que nous ayons rencontrée depuis Amqui. Bien que le nombre de kilomètres parcourus dans la journée est peu élevé, on décide de rester à Mont-Louis, chez une CouchSurfer, pour (re)socialiser. Ce fut un choix judicieux. En plus de notre gentille hôte, on  y rencontra l’auteur de Coke stop in Emo, Alec Ross, avec qui on s’enfila des bières et de la pizza. L’aventurier en question était reparti à l’aventure, tentant de rallier Kingston (Ontario) à Summerside (Île-du-Prince-Édouard) en kayak de mer. Au moment d’écrire ces lignes, il est à Saint-Godefroi, à la veille de franchir la Baie des Chaleurs. Décidément, j’aime l’aventure.

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Encore du bois

On est au Québec. Je ne devrais pas l’oublier et pourtant… On longe la côte sur la carte, mais pas nécessairement sur le sentier. Ce dernier fait des aller-retours constants entre l’intérieur des terres et la côte. J’aime le bois, depuis toujours, mais j’aime plus la mer. C’est vraiment crispant de « disparaître » en forêt deux jours alors que nous sommes si proches de l’horizon maritime. Mais bon, ça nous fait plus apprécier le Golfe quand on le revoit. Cette enfilade d’aller-retours avec le bord de mer se fait jusqu’aux limites municipales de la ville de Gaspé, à Pointe-à-la-Renommée.

Le Bout du monde

À L’Anse-à-Valleau, on va chercher notre dernière boîte de bouffe au microscopique bureau de poste, puis on monte se reposer au camping des Ancêtres. Dès le lendemain, on sait qu’on aura deux jours dans l’arrière-pays – un jusqu’à Rivière-Morris et l’autre jusqu’aux Crêtes du Parc national Forillon – avant d’entamer notre dernière journée. La journée pour rallier Rivière-Morris est définitivement élue au titre de journée la moins intéressante du voyage. Aucun point de vue, ni aucun plan d’eau. On n’a croisé personne de la journée. Arrivé au camping du village, on réalise assez vite l’affluence monstre et les décorations : c’est le Noël du campeur. Ça fait un choc ! On n’a pas dormi jusqu’aux petites heures, entre le défilé du Père Noël et les tournois de washer de nos voisins. C’était tout de même marrant de sortir d’une journée d’isolement pour finir là. Le lendemain, on rallie les Crêtes du Parc national Forillon et on dort dans un abri.

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Dernière journée : on clanche comme jamais. On va à une vitesse de fou, on a fait les 20 km qui nous séparent du Bout du monde avant 11h00. On arrive en sueur, mais soulagé à la fin du sentier. Mon sentiment général est toutefois grandement différent de celui à la fin de notre dernier grand sentier, Compostelle (via le Norte, le Primitivo, Muxia et Fisterra). En effet, on a rarement eu des services, on a rencontré et discuté avec un nombre infinitésimalement moindre de personnes, on a observé et entendu – parfois de très proche – orignaux, ours, caribous, coyotes, ratons laveurs, porc-épics, phoques, baleines, etc. C’est un autre monde, le Nouveau Monde. Il ne demande qu’à être découvert, mais ne s’adressera à lui que ceux qui sont près à se plier aux règles d’un territoire exigeant et d’une nature dominante. On retrouve les essentiels, comme maintes autres randonneurs l’ont affirmé dans des articles similaires. Ils ont raison.

Et après ?

On s’amusa à dire qu’il est presque aussi complexe revenir de Gaspésie sans voiture que revenir de Compostelle. En effet, de l’Anse-aux-Amérindiens jusqu’à Québec, il a fallu prendre une ride sur le pouce pour atteindre le premier village venu, un bus régional jusqu’à Gaspé, puis deux autocars jusqu’à Rivière-du-Loup, enfin deux rides de char… Une journée plus tard, on est de retour à Québec !

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Ça c’est le transport, mais le pire est à venir : le retour à la réalité. On ne restera pas longtemps auprès de celle-ci, la vie de sentier nous appellera de nouveau bien assez vite.

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