Ces trois derniers mois, j’ai eu un style de vie hors de l’ordinaire. En effet, je n’ai eu aucun revenu, je n’ai envoyé aucun texto ou fait aucun appel, je n’ai pris qu’une quinzaine de douche, j’ai eu la même tenu vestimentaire chaque jour et je n’ai pas conduit de véhicule motorisé. Bref j’ai vécu comme un sans-abri…mais aussi comme un aventurier, parcourant 1750 kilomètres du sentier des Appalaches, avec que le nécessaire dans mon sac. C’est un défi que ma copine et moi nous nous sommes lancés. Nous sommes maintenant à la moitié de notre aventure, et je peux dire que mes attentes étaient différentes du réel défi au niveau technique, physique et mental.

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C’est au niveau de l’équipement que je m’étais le plus informé. Partant avec un budget limité, je voulais éviter de remplacer de l’équipement en chemin, en plus qu’il est coûteux d’envoyer de l’équipement au Canada à partir des États-Unis. En général j’avais vu juste, j’ai réussi à partir avec un sac pesant 16 lbs sans les consommables. J’ai quand même remplacer mon sac de couchage Momie et liner (46 oz) pour un Quilt (17.8 oz), principalement pour le poid. Je me suis aussi débarrassé de beaucoup d’équipement. La plupart de ces équipements avaient pour but de m’offrir un certain confort. C’est après quelques semaines que je me suis rendu compte que le confort est un luxe qu’on ne peut pas se permettre si on veut voyager léger. En effet, mon matelas pour m’assoir (2.1 oz) prenait de la place dans mon sac et je peux bien m’assoir sur une roche sans cet équipement. Ma tasse en plastique servait à contenir mon café matinal, que j’ai vite considéré inutile quand j’ai commencé à manger mon grau froid. J’ajoute directement de l’eau froide dans le sachet d’origine de gruau et le tour est joué ! Même pas besoin de sortir mon brûleur. Je me suis aussi débarrassé de mon pantalon long (10.1 oz) que j’avais traité avec un réperlant pour les tiques. Ces pantalons me rassuraient quant à la maladie de Lyme. Je prévoyais le porter à partir de la Virginie, où l’on retrouve plus de tiques. Je me suis vite mis à l’évidence qu’il n’était pas nécessaire et que faire des “tiques check” plusieurs fois par jour était tout 20180511_062114_HDRaussi efficace. Mes souliers de camping (5.7 oz) ont aussi été mis de côté, un autre article ne servant seulement qu’au confort. Rien ne m’empêche de me promener pied nu pour faire respirer mes pieds ! J’ai toujours eu le désire d’avoir un sac léger pour tous les avantages que cela apporte, Mais c’est quand la faim de hiker frappe qu’on réalise que le poid de la nourriture prend la priorité sur le reste. Pour me nourrir 4 jours, ma nourriture pèse en moyenne 10 lbs, alors qu’au début, 5 lbs étaient suffisantes.

Au niveau de la difficulté, j’étais très loin d’être au courant du défi physique qui m’attendait… Je m’attendais à un début difficile qui se faciliterait à mesure que mon corps se transformerait en machine endurante. Ce n’est pas le cas, mon corps s’est bel et bien transformé, il s’est débarrassé des quelques livres inutiles de muscles que j’avais réussi à bâtir quelques années auparavant. Mes jambes ont perdu du volume et sont devenu beaucoup plus endurante. J’ai perdu un total de 11 livres, alors que je n’avais rien à perdre. Mes pieds, contrairement à mes muscles, n’ont pas encore accepté leur sort, chaque matin, ils me rappellent que je leur en demande trop. Comme la plupart des20180527_091251 hikers, les Ibuprofènes font partie de mon quotidien, principalement à cause de mes pieds souffrants. Mon corps a tout de même très bien répondu à ce défi, ma forme est meilleure que jamais et mon endurance me permet de faire de bien plus grosse journée qu’au début. Par contre, ce n’est pas devenu plus facile, les journées deviennent seulement plus grosses. Je me souviens de mon premier 16 miles au jour 3 (25,7km), les 6 derniers miles étaient pénibles. Maintenant, il m’arrive de faire des journées de 25-30 miles. Mon corps est capable d’en prendre plus, alors je lui en demande plus. Ce sentier est l’endroit parfait pour constamment repousser ses limites.

La traversé du sentier des Appalaches est un défi très physique, mais que dire de son aspect mental. C’est une difficulté que j’appréhendais énormément. J’avais pris de l’avance, je me suis écrit des phrases motivantes que je regarderais si j’avais besoin de me rappeler pourquoi je me faisais subir tout cela. De plus, j’ai lu plusieurs livres de personnes qui ont fait le sentier pour savoir à quoi m’attendre. En fait, je m’attendais au pire… Je peux dire que j’était prêt pour ce défi. Il y a eu des jours plus difficiles, mais c’est tout à fait normal. Un truc qui m’a beaucoup aidé jusqu’à maintenant à été de me fixer des petits objectifs, sans trop regarder trop loin. Il est facile de se décourager en visantScreenshot_2018-05-07-16-50-04 trop haut. À ce stade-ci, Katahdin est encore très loin. Beaucoup dise que faire ce sentier, c’est être misérable. Je suis d’accord, principalement à cause du manque de confort. Par manque de confort, je parle des longues périodes sans prendre de douches malgré les journées demandantes physiquement, de l’omniprésente de l’humidité qui fait que tous les vêtements, soulier et équipement ne semblent jamais sécher, de mon odeur répugnante et de celle de mon équipement, du fait de toujours être dans la saleté, d’être vulnérable à la température parfois médiocre, etc. J’étais au courant de tout cela avant mon départ. Maintenant qu’est ce qui fait que l’expérience peut être quand même agréable malgré tout cela ? C’est assez facile, le dépassement de soi, le sentiment d’accomplissement à chaque objectif complété, l’autonomie complète, la vie sans horaire précis, la générosité des gens autour de cette communauté, la simplicité de la vie en forêt, l’absence total de stress, la découverte de la nature et bien sur la beauté des paysages. Il est très facile pour moi de trouver des raisons d’accomplir ce défi puisque tout ce qu’il m’apporte jusqu’à maintenant l’emporte sur tous les sacrifices que j’ai dû faire pour en arriver ici.

En conclusion, il me reste encore beaucoup de miles à marcher, plus précisément 1095 (1762 km). Ces miles m’apporteront d’autres obstacles, certains d’entre eux seront plus gros que ce que j’ai traversé jusqu’à maintenant. Je pense principalement au “rock garden” de la Pennsylvanie, aux White Mountain du New Hampshire et aux 100 miles wilderness du Maine. Par contre, je suis prêt et motivé à affronter tous ces défis qui m’attendent !

Félix Garon

 

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