THE DIME

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Aux grandes aventures les grands moments.

Il y a de ces journées au cours de notre existence qui nous marquent à tout jamais. Je n’oublierai, et crois que mes amis n’oublieront jamais également, le fameux 10 août 2017 (dix août; dix sous; The Dime)

Alors que mon séjour estival dans l’Ouest canadien tirait à sa fin – tout comme la saison de classe IV -, mes compagnons d’aventure et moi-même avons décidé d’organiser une expédition de deux jours au pays de Kananaskis pour procéder à l’ascension du mont Northover, qu’Alan Kane, réputé montagnard des Rocheuses canadiennes et auteur d’un célèbre guide d’ascensions décrit comme étant la plus difficile et exposée de toutes celles contenues dans Scrambles in the Canadian Rockies (ledit célèbre guide d’ascensions).

Après un peu plus d’une heure de route dans les magnifiques montagnes bordant la 40S et la 742, nous étions finalement arrivés à Upper Kananaskis Lake, qui marquait le début du sentier pour atteindre Aster Lake, là où nous allions installer notre campement pour la nuit.

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L’atteinte d’Aster Lake

11 kilomètres de marche et 500 mètres de dénivelé positif nous séparaient de notre campement pour la nuit.

Nos (lourds) sacs à dos étaient confortablement appuyés sur nos épaules et nos hanches; l’heure du départ se faisait sentir. Il ne manquait que la vérification finale afin de voir si nous avions le nécessaire pour survire à la nuit et à notre ascension du lendemain.

Les cinq premiers kilomètres de la randonnée longeaient Upper Kananaskis Lake, pour ensuite aller dans la forêt et devenir un peu plus accidentés pour deux kilomètres. Une fois ce passage sylvestre moins évident (mention honorable, une fois de plus, au poids ajouté par nos sacs à dos) complété, nous revenions à quelque chose de plus agréable, soit les abords d’un petit lac alpin nommé Hidden Lake.

De Hidden Lake jusqu’à Aster Lake, le décor était tout simplement indescriptible. Chutes, lacs, rivières, glaciers étaient au rendez-vous. Cette approche était tout simplement parfaite: en plus du paysage à couper le souffle, la compagnie de mes amis Julien, Étienne, Simon et Brydon était des plus agréables. Enfin, l’approche était presque parfaite… Mentionnons que nous avons fait un détour de quelques heures et sommes arrivés au campement à la lampe de poche. Cela nous a procuré une petite ambiance agréable pour partager un bon repas!

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Et c’est là que tout commence!

Comme la noirceur avait gagné la course du premier arrivé au campement la veille, le beau soleil de ce matin d’août nous permit d’apprécier pour la première fois le magnifique paysage.

Après avoir ingéré un bon déjeuner, il était temps de préparer le sac à dos pour les grandes occasions. Bottes aux pieds, pôles en mains et casque pas trop loin, nous n’avions aucune idée de ce qui nous attendait un peu plus tard dans la journée.

À peine deux heures après avoir quitté le campement, nous arrivions sur l’intimidante arête sud du mont Northover…

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L’arête sud

À peine avions nous commencé à progresser en direction du sommet que les premiers défis se présentaient à nous: dalles anguleuses surplombant … le vide, crêtes très étroites avec des précipices de plusieurs centaines de mètres de chaque côté, murs très exposés, bref, tout pour nous rappeler combien on s’ennuyait de notre mère!

Dans le guide d’Alan Kane, on parle à peine de ces segments qui nous ont rudement mis à l’épreuve, on ne parle que du summit block, que nous commencions à appréhender…

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Le sommet

Nous avions convenu que j’allais attaquer le summit block en premier, comme j’avais bien fait mon devoir de recherche sur ce dernier (et j’étais particulièrement excité). Les blogueurs l’avaient bien décrit, aucune surprise n’était au rendez-vous; mieux vaut céder la parole à l’un d’eux:

« Where the ridge terminates at the summit block [on mount Northover] is one of the most intimidating spots I’ve ever encountered on a Kane scramble. », Jamie Junker

À la toute fin de cette terrifiante section, j’ai ressenti plusieurs gouttes de pluie se déposer sur mes bras. Quelques instants plus tard, alors que je n’étais qu’à quelques mètres du sommet, j’ai pu voir ce qui nous avait été caché par la montagne tout l’avant-midi: de menaçants nuages gris libérant d’épais rideaux de pluie scindant l’horizon.

Plus j’approchais du sommet, plus un bruit d’abord indistinct s’amplifiait, de sorte qu’une fois dressé sur l’ultime proéminence, je ne pouvais plus nier la source de cette perturbation auditive: il s’agissait bel et bien du crépitement électrostatique précurseur d’un orage électrique. Alarmé par l’urgence de la situation, je me suis empressé de retourner ma tête par-dessus mon épaule pour voir où en étaient mes compagnons et ai aperçu du coin de l’oeil, à la hauteur de mes yeux, que des arcs électriques passaient entre les pointes métalliques de mes pôles rangées à l’envers dans mon sac à dos. Au même moment, Brydon venait de compléter la section finale.

Nous nous sommes débarrassés de nos sacs à dos sur un temps record et avons couru jusqu’à l’arête nord, de sorte que nous puissions nous cacher sous une roche (rien ne pouvait faire office d’abri d’où nous venions), question d’éviter de nous transformer en paratonnerres. Le ciel ne s’est pas fait presser pour se déchaîner au-dessus de nos têtes: pluie, grêle, éclairs, rien n’y était pas.

Jamais je n’ai eu aussi peur pour ma vie, mais le pire était pour celle de mes amis. Brydon et moi tentions tant bien que mal de communiquer avec les autres, mais nos voix ne leur parvenaient pas. Les roches étaient devenues très glissantes. Avaient-ils terminé leur ascension de la section 5.6? Tous les éléments requis pour un accident en montagne étaient réunis. Ces vingt minutes prises au coeur de l’orage ont paru comme des heures.

Tout cela s’est calmé et nous nous sommes retrouvés, tous sains et saufs, au sommet. Nos coeurs n’étaient cependant pas à la fête; nous savions qu’il allait falloir manoeuvrer sur une roche encore couverte d’eau et de grêle pour redescendre la très escarpée arête nord, et d’autres cumulonimbus progressaient en notre direction.

Malgré un froid mordant et une fatigue affectant notre vigilance, la descente s’est effectuée rapidement et sans encombre. Il était maintenant l’heure de manger un dîner bien mérité et de retourner au camp de base, puis ensuite à Upper Kananaskis Lake. Quelle joie anodine est celle d’être en vie!

Écrit par Pierre-Emile Charest

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