Le vendredi 1er septembre vers 20 h, mon ami Étienne me déposait au bord du chemin de la Vallée du Parc national de la Jacques Cartier après m’avoir récupéré au Camp Mercier 45 minutes plus tôt, lieu où j’avais laissé ma voiture. Ça serait là le point de départ de ma plus longue randonnée depuis mon arrivée au Québec il y a 7 ans, dans la zone d’expédition d’ « Arrière-pays » dont l’accès est strictement encadré par la SÉPAQ. Au programme, une randonnée de deux jours pour parcourir un peu moins de 40 kilomètres et traverser le Parc d’ouest en est, en passant par trois vallées et un gigantesque plateau, soit la vallée de la Jacques Cartier, le plateau de la Sautauriski, la vallée de la Rivière à la chute, et la vallée de la Sautauriski pour rejoindre le camp Mercier au terme de 2 jours de marche. Une randonnée qui me ferait explorer l’ancienne emprise du sentier des Quatre Jumeaux, fermé en 2002. Il y a 4 ans, un certain Julien Yamba avait parcouru le chemin sur 55 kilomètres en 4 jours et en avait fait le récit. Celui-ci a clairement inspiré ma propre expédition et je l’en remercie.

Jour 0: C’est donc avec un peu d’appréhension que je m’endormais dans mon hamac le vendredi soir. J’avais réalisé une courte section du chemin des Quatre Jumeaux avec mon ami Étienne au début du mois de juillet plus tôt dans l’année et ne savais pas du tout à quoi m’attendre passé ce point. Ma plus grande crainte était en réalité d’avoir sous-estimé la durée de l’expédition et d’inquiéter mes proches si je ne donnais signe de vie le dimanche soir. Mes craintes s’avérèrent finalement infondées, puisque j’attendrai en fin de compte le camp Mercier le dimanche aux alentours de 13 h 30.

Photo 1
Photo 1

 

Jour 1: Levé à 6 h. La nuit a été bonne, mais fraîche. Le temps de préparer mon gruau et mon thé en observant le soleil se lever sur les montagnes de la vallée de la J-C (Photo 1), il est 7 h. Je pacte et entame mon ascension du plateau de la Sautauriski vers 7 h 30. Près d’une heure après le début de ma grimpette matinale, j’entends craquer très fort sur ma droite. Un orignal monte en parallèle en tendant légèrement sur la gauche. Il va couper ma trajectoire. Ou est-ce moi qui vais couper la sienne? J’arrête et sors mon appareil photo. Mon coeur, qui déjà se débat dans ma poitrine, cogne plus fort encore, jusqu’à me sortir des oreilles.

Photo 2
Photo 2

L’orignal me coupe à 50 mètres et s’éloigne sur ma gauche (Vidéo 1). Je prends cette surprise comme un cadeau de bienvenue et une invitation à poursuivre mon chemin. Les traces de passage d’orignaux sont nombreuses (Photos 2 et 3), et les traces de ce que je pense être de gros renards ou des loups et d’ours se succèdent aussi. Je me rends compte que ma cloche à ours n’est pas « active ». Une chance, car je n’aurais certainement pas aperçu d’orignal si cela avait été le cas. Le chemin est étroit et la (pré)visibilité n’est vraiment pas bonne. La présence de bleuets sur le bord du chemin m’incite à « activer » ma cloche et à l’accrocher à un de mes bâtons de marche. Je bercerai donc désormais la forêt d’une petite musique… très répétitive. Une perdrix me surprend en s’envolant.

Des vestiges de la présence d’activités humaines paraissent çà et là au bord du chemin (Photos 4 et 5). J’arrive au lac des Quatre Jumeaux un peu avant 10 h. Une petite pause s’impose: je fais sécher ma chemise au soleil et sors ma première barre tendre. 30 minutes plus tard, c’est reparti.

 

Mon objectif pour le dîner, passer le Lac Bourrassa et arriver au Lac Bonneville, probablement à 6km du lac des Quatre Jumeaux. J’y arrive 2 heures plus tard, après avoir fait la connaissance de deux martres. Je ne sais qui d’elles ou de moi est le plus surpris de rencontrer cette espèce qu’on voit pour la première fois. Quand j’arrive au lac Bonneville, ma barre tendre est loin et ma réserve d’eau est basse (Photo 6).

Photo 6
Photo 6

C’est l’heure de m’arrêter et de me décharger de mon fromage en crotte et de mon saucisson qui semblent peser une tonne sur mon dos. On remplit le Camelbak et on repart. Il est alors 13 h 30. À peine entré à nouveau sur le chemin, un ancien panneau m’indique « 8km » (Photo 7).

Photo 7
Photo 7

C’est le premier et dernier panneau du genre que je verrai du parcours. Je présume que je suis alors à 8km du refuge « Rémillard » dans les environs desquels j’ai décidé de passer la nuit, étant tout juste à mi-parcours. La descente vers la vallée de la Rivière à la chute est pénible. Je suis content d’avoir mon GPS, car le dernier kilomètre de « sentier » est absolument invisible (Photo 8). J’arrive finalement dans le creux de la vallée, pile sur le Rémillard. Reste la Rivière à la chute à traverser. Une formalité, puisque de toute façon, j’ai déjà les pieds trempés. Je passerai la nuit une centaine de mètres au-delà du Rémillard, après y avoir soupé (Photo 9). Il est 19 h, je suis crevé et vais me coucher.

Jour 2: J’ouvre les yeux et regarde ma montre : 6 h exactement. Je me lève et retourne vers le Rémillard où j’avais laissé mes affaires la veille. Routine du matin: gruau et thé ensuite « pactage ». À 7 h, je suis sur mon départ avec un peu plus de 20 km devant moi. J’ai une demi-heure d’avance sur hier. J’ai à peine faits 500 mètres sur le sentier que je viens de rejoindre que deux couples de perdrix s’envolent. Un autre 100 mètres et s’en est à nouveau deux autres. Décidément, l’aube regorge de surprises sur les Quatre Jumeaux. J’entends déjà bientôt la Sautauriski, que je longerai jusqu’à rejoindre les chemins forestiers de la Réserve faunique des Laurentides. Plusieurs ruisseaux, autrefois traversés par des passerelles, et désormais par la végétation qui a repris ses droits, se trouvent sur mon chemin (Photo 10).

Photo 10
Photo 10

Par chance, il n’a pas beaucoup plu ces derniers jours; mais cela ne m’empêche pas de renouveler l’eau tiède de mes bottes par de l’eau à température ambiante. Le chemin est beaucoup plus vallonné que sur le plateau de la Sautauriski hier et particulièrement étroit par endroit. La brume du matin encore présente se mêle aux rayons du soleil perçant les conifères (Photo 11).

Photo 11
Photo 11

C’est un spectacle dont j’essaie de profiter au maximum, sachant que mon périple touche à sa fin. En arrivant dans une zone moins dense, j’entends quelque chose qui monte à un arbre, à trois mètres sur ma droite: un porc-épic pas trop farouche, fermement agrippé à son arbre, me dévisage (Photo 11bis). Une photo pour la postérité et je le laisse tranquille. Un dernier ruisseau dont la traverse n’existe plus et dont les flancs sont complètement affaissés marque le point à partir duquel les explorateurs du dimanche ne semblent plus passer depuis un bon moment (Photo 12).

Photo 11bis
Photo 12

Je le traverse et réintègre dans mon esprit un sentier où les traces humaines seront désormais plus nombreuses. Comme de fait, 10 minutes plus tard, j’atteins une zone complètement dégagée au milieu de laquelle trône un ancien camp (Photo 13) et les traces d’une présence récente. Vingt minutes encore et je rejoins le chemin forestier que je suivrai encore sur…10 km. Dans mon esprit, ce 10km est un détail. Mes pieds et mes épaules me feront rapidement comprendre que mon esprit s’est trompé. C’est une jolie grimpette qui m’attend jusqu’au Camp Mercier. Je croiserai la route du Lac Vachon et du Lac à l’épaule qui, j’en suis certain, porte son nom en raison d’un dude qui avait fait la traversée du Parc de la Jacques Cartier avec un sac à dos de 40 livres. Il aurait aussi bien pu le nommer le « Lac aux jambes » ou le « Lac aux pieds qui brûlent », selon moi. Un peu plus de deux heures me seront finalement nécessaires pour rejoindre mon auto stationnée au Camp Mercier.

 

Photo 12
Photo 13

Bilan:

– Une première expérience de longue randonnée qui aurait mérité d’être partagée avec un compagnon de route (d’où cette publication!);

– (malgré le premier commentaire,) des rencontres aussi nombreuses que surprenantes;

– Les anciens chemins ont assurément encore de quoi à offrir;

– Chapeau bas à la SÉPAQ d’offrir ce type d’expérience authentique dans des espaces de préservation (et merci à Jimmy pour ses précieux conseils!).

 

Photo 13

           Pierre Woitrin

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Un commentaire »

  1. Voici des liens utiles pour ceux qui aimeraient tenter la rando ;

    1) Le formulaire de demande d’accès à l’arrière-pays
    http://www.sepaq.com/dotAsset/8d763a9b-eb60-4cc5-a9d8-9db93fb36e0c.pdf
    2) Le formulaire de divulgation des risques
    http://www.sepaq.com/dotAsset/32c25dfc-688b-4cff-8f8e-c4db4dd50be5.pdf
    3) La carte des zones autorisées en arrière-pays (été)
    http://www.sepaq.com/dotAsset/4010b33c-753f-4a12-a29e-aab99b70f5d8.pdf
    4) La carte des zones autorisées en arrière-paus (hiver)
    http://www.sepaq.com/dotAsset/168a79ae-493a-4dc1-8970-6e2bd07f34c6.pdf
    5) Le tracé de l’ancien sentier de ski de fond (1999)
    http://www.cartespleinair.org/SkiFond/Quebec/CampMercierQuatreJumeaux1999.pdf

    Bonne aventure !

    Jimmy

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