Je ne sais pas comment on en est arrivé à vouloir traverser l’Espagne à pied, mais l’idée a malgré tout germé. Valérie (ma copine) et moi avons quitté Québec, le 25 mai 2017, pour une aventure qui nous fera marcher d’est en ouest. L’Euskal Herria (Pays basque), la Cantabria (Cantabrie), la Principáu d’Asturies (Asturies) et la Galicia (Galice). Ces quatre « communautés autonomes » espagnoles reflètent des cultures et des langues à part entière, notamment chez les Basques et les Galiciens. L’idée était de débuter notre longue marche à Hendaye, ville à l’extrême sud-ouest de la France pour aboutir à Fisterra, sur la côte atlantique, en empruntant quelques-uns des très réputés Chemins de Compostelle. On enchaînera ainsi le Camino del Norte d’Hendaye à Villaviciosa, un sentier connecteur reliant Villaviciosa à Oviedo, le Camino primitivo d’Oviedo à Melide, le Camino francés de Melide à Santiago de Compostela et enfin le Camino Fisterra de Santiago de Compostela à Fisterra en passant par Muxía. On totalisera plus de 840 kilomètres à pied. Sur l’ensemble, le parcours est pour la bonne moitié adossé entre le Golfe de Gascogne et la Cordillère Cantabrique, avant de pénétrer les terres en traversant ladite cordillère pour sa seconde moitié. Le rythme d’un tel voyage à pied – nous nous en rendrons réellement compte une fois sur place – permet d’acquérir l’esprit d’un lieu de façon indescriptible. Transmettre l’ensemble des sentiments, réussites et échecs du voyage serait non seulement une tâche ardue, mais représenterait une lecture pénible. C’est pourquoi mon compte-rendu de randonnée se résumera à 2 journées : la première et la dernière… En espérant vous transporter brièvement dans la péninsule ibérique.

La première journée

Le matin du 29 avril 2017, on entre en territoire espagnol pour la grande aventure. Je ne sais pas à quoi je m’attendais et Valérie non plus. On a juste marché en suivant les flèches jaunes peinturées sur à peu près n’importe quoi et les plaques incrustées sur les trottoirs dans la ville frontalière d’Irún. On était excité pour notre projet, duquel on ignorait toujours la motivation fondatrice. Ça grimpe, on monte. On se croyait sur le Jaizkibel, la première montagne du sentier. Arrivé tout près d’une autoroute, on avait une vue en contrebas sur Irún, Hendaye et… le Jaizkibel, de l’autre côté de la ville. Je dois avouer qu’on ne se sentait pas très brillant. Et j’oubliais de vous dire, je suis géographe. La honte. Il y a bel et bien plusieurs Chemins de Compostelle, on aura vérifié les faits en empruntant le Camino basco del interior. Le ton était lancé pour l’aventure. On rebrousse chemin, repère l’intersection que nous avions ratée plus tôt et entreprenons de nouveau notre première journée par l’ascension du vrai Jaizkibel. Nos jambes fléchissent sous la masse de nos sacs à dos transportant nos vivres pour 2 jours, notre tente et le strict nécessaire pour vivre 1 mois et demi sur la route. On n’est pas des brutes de sport, ni des accros du trekking hautes performances, on n’a ni équipements de pointe, ni le système cardiorespiratoire de Usain Bolt ; on a seulement une détermination de fer dont l’origine demeure toujours inconnue. On se délecte des paysages de cette orographie frontalière. Les lieux sont ouverts, pas de forêts, mais plutôt des pâturages en pente. Au loin, on aperçoit le Bidassoa, le fleuve qui marque la frontière franco-espagnole. On marche au travers des chevaux et on est ravi. Après consultation de la carte : on n’est pas sorti de l’auberge. Sans le détour involontaire par le Camino basco del interior, on prévoyait une trentaine de kilomètres pour notre journée. À Pasaia, on doit prendre une navette fluviale pour traverser le fleuve éponyme. Avant la traversée, on rencontre un Italien bien sympathique que l’on recroisera à plusieurs reprises. On échange morceaux de saucissons et amandes avant de prendre la navette. La casquette de Valérie s’envole pour terminer sa course dans l’estuaire. Elle est déçue, évidemment, mais on doit continuer. On finira par arriver en après-midi à Donostia – San Sebastian, capitale de la province Gipuzkoa et destination finale du jour 1. Belle journée en somme, mais on est crevé. On s’assoit, puants et dégoulinants et toujours accompagnés de Erros l’Italien, à l’office d’information de la ville alors bondé de touristes. Il faut savoir que les Chemins de Compostelle forment avant tout un pèlerinage catholique remontant au Moyen Âge et l’hébergement le plus répandu sur le trajet, les albergues de peregrinos, sont réservés aux pèlerins détenteurs d’un credencial, sorte de passeport dans lequel on fait étamper les auberges, restaurants, offices de tourismes, etc. sur notre route. Le credencial servira aux pèlerins à Santiago de Compostela afin de prouver leur cheminement à l’Oficina de Acollida ao Peregrino afin d’obtenir une preuve de cheminement, la Compostela. Certes, on est à Donostia – San Sebastian et on attend pour notre étampe et pour demander des informations concernant les campings ou les albergues de peregrinos de la place. On finit par apprendre grâce à Erros, qui est bilingue italien – espagnol que c’est férié et qu’il n’y a rien de rien en ville excepté quelques chambres à plus de 200 €. Merci tout le monde, mais on sacre notre camp comme on dit dans mon village. Non, la journée n’est pas finie ! On se renseigne à nouveau sur nos possibilités et on adopte un plan B à l’unanime : prendre un bus pour rejoindre une banlieue de la ville plus loin sur le chemin nommée Igueldo. On y trouvera un camping que l’on pourrait comparer aux campings municipaux du Québec. On soulage nos maux avec du vin bon marché et un repas sommaire composé de fromage, pain, saucisson et fruits. L’air est lourd et la tempête approche, on va se coucher. La mise au lit se rapprochait d’une perte de connaissance. Avec une telle première journée, la suite des choses sera définitivement remplie d’aventures de toutes sortes !

La dernière journée

On n’aurait jamais cru que le 7 juin 2017 on terminerait le camino. C’était tellement long, tellement varié, tellement différent de ce que l’on a expérimenté auparavant que l’on ne peut que se sentir accompli. C’est une sorte de réconfort intérieur, probablement occasionné par une multitude d’hormones concoctées par nos corps épuisés. On réalise qu’on ne marchera (presque) plus dans les prochains jours.

On a débuté la marche cette journée-là à San Estevo de Lires pour rejoindre Fisterra. Une journée a priori comme les autres, le relief n’est pas un gros problème, mais les jambes sont épuisées depuis la pause de quelques jours qu’on a pris à Santiago de Compostela. La marche est à ce moment devenue tellement normale que je ne me rappelle de presque rien. C’était la routine. On a « seulement » rejoint Fisterra. On s’est installé à l’auberge hongroise de Fisterra, où on a dormi. Il y a quelques kilomètres qui séparent le cœur de Fisterra et la véritable fin de la terre. On dévalera ces derniers kilomètres sans les sacs à dos et on croisera Bruno, un ami du département de Mayenne avec qui on aura marché à de multiples reprises pendant le derniers mois.  Arrivé au phare qui annonce la fin imminente du sentier, on a une magnifique perspective sur l’océan atlantique. On décide alors de finir pieds nus, histoire de rendre gloire à nos chaussures qui nous ont portés jusque-là, on les portera pendant les derniers mètres, c’est la moindre des choses. L’émotion est palpable, mais une petite angoisse me hante. J’ai envie de prendre un train et de partir. Non pas au Québec, mais à Genève pour recommencer, de plus loin. Ça y est, la maladie du camino a encore frappé. On reviendra, on le sait. Le soir venu, Valérie, Bruno, une cliente taïwanaise de l’auberge et moi cuisinons un superbe souper pour clore l’aventure pédestre. On fera la une de la page Facebook de l’auberge le lendemain matin.

Ce sentier aura été une série successive de petites ascensions – le genre de collines que l’on ferait au jogging après le travail –, mais qui dans leur nombre rendre la chose grandiose.

On aura traversé un pays à pied et on est prêt à recommencer.

Mot de la fin

J’aimerais remercier Valérie pour avoir été la moitié idéale de notre duo pour cette grande aventure et l’équipe des Montagnards grâce à qui l’on peut partager de telles expériences orographiques. Ultreïa !

-Jimmy Couillard-Després

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