Ascension du Volcan Cayambe

Ce fut une courte nuit, d’à peine 2 heures 30 minutes. Nous nous sommes couchés vers 21h00 le soir après avoir ingéré un repas très léger en saveur. Pour ma part, je manquais d’appétit. Ce n’était pas le cas de Mathieu qui l’a englouti en moins de deux… Il m’a alors conseillé de manger même si je n’avais pas faim car c’est l’altitude qui nous fait sentir rassasié sans l’être vraiment. On nous a réveillés aux alentours de 23h30. Le vent silait à travers les fenêtres du refuge. Les gens s’habillaient dans un silence rempli de fébrilité. Il faut dire qu’à ce moment, Mathieu et moi nous regardions sans parler, puisqu’on ne savait même pas ce qui nous attendait sur cette première ascension sur un glacier (Alpinisme). Nous avons beau être habitué au froid, à la neige et à la glace au Canada; mais nous n’avions rien fait de tel. C’était différent cette fois-ci avec un réveil dans un refuge à 4,637m d’altitude. Après avoir avalé une banane et une poignée de noix, avoir rangé nos choses et s’être habillé convenablement, il était temps de filer. Aux alentours de 00h10, nous étions à l’extérieur à discuter avec notre guide David. C’était un équatorien mais il parlait un peu anglais. Assez pour qu’on se comprenne dans ce qui importait de se dire. Nous sommes partis peu de temps après. Il ventait beaucoup, il neigeait et la visibilité était quasiment nulle. À ce moment, David annonce à Mathieu qu’il y a très peu de chance que nous fassions le sommet dû aux conditions météorologiques médiocres. Mathieu ne m’en a pas fait part sachant que ça risquerait d’atteindre mon moral. Nous étions environ 25-30 personnes à tenter le sommet cette nuit-là. Nous étions les derniers à partir. La moitié des gens sont partis plus tôt et les autres étaient avec nous lorsqu’on marchait sans notre équipement pour se rendre jusqu’au glacier. Notre guide David s’est trompé d’embranchement à un certain moment. Nous avons fait un détour d’environ 45 minutes et beaucoup de dénivelés positifs pour rien.

Après environ 1h30 de marche, avant d’arriver au glacier, je ne me sentais pas du tout d’attaque pour affronter la bête. J’ai beau être en forme mais, si je manque de sommeil comme ce qui est arrivé ce soir-là et j’avais également mes grosses randonnées de la semaine dans le corps, le résultat est simple : j’ai manqué d’énergie. Mathieu marchait à environ 50m en avant de moi et chacun de mes pas était pénible. Même pas encore rendu sur le glacier et j’avais déjà envie d’abandonner… Il est rare que ce sentiment traverse mes pensées mais à ce moment-là, je trouvais que de continuer dans cet état me mettait en danger sachant que je n’étais pas en pleine possession de mes moyens. J’ai décidé d’en parler avec Mathieu et il trouvait insensé que je veule aussi tôt abandonner. Je sais que ça fait lâche, mais je ne me voyais pas lui imposer une situation de détresse en montagne vue mon état parce que j’avais décidé de continuer. Il m’a convaincu de boire et de manger quelque chose et de continuer un peu. Chose que j’ai fait. J’étais épuisé mais Mathieu m’a dit qu’il allait rester derrière moi, à mon rythme. Ça m’a rassuré et j’ai décidé de continuer un peu. Je me sentais mieux. Après s’être encordé et avoir entrepris l’ascension sur le glacier, nous marchions rapidement et plus on montait, plus ma conviction et mon désir d’atteindre le sommet augmentaient. Nous prenions des pauses à mon rythme et ça ne dérangeait pas David et Mathieu qui en profitaient pour se reposer en même temps.

À un certain moment, Mathieu a aperçu des lumières qui revenaient dans notre direction. Plusieurs cordées avaient décidé de renoncer à la montagne. Nous avons décidé de continuer quand même malgré le vent violent incessant qui nous repoussait et qui nous faisait tomber à la renverse à l’occasion. Nos vêtements et notre équipement étaient recouverts d’un épais manteau de glace. Cela nous a rajouté un bon 10lbs de poids sur le corps qui n’était pas du tout prévu. Nos capuchons étaient tellement gelés qu’ils nous étaient impossible de tourner la tête sans tourner complètement le corps. Nous avons continué avec un autre groupe de 2 personnes, nous étions 5 au total. Nous nous sommes rendus sur un faux sommet à 5,500m d’altitude. C’est alors que David nous annonce que c’est ici que notre ascension se termine. Il n’était pas question d’entreprendre la dernière section crevassée très dangereuse dans de pareilles conditions. Le soleil commençait à se lever, il était environ 5h30 du matin. Nous étions au dessus des nuages et pouvions réaliser combien nous étions haut. Il faut dire que le sommet de ce volcan culmine à 5,790m d’altitude. Nous avons pris quelques photos pour apprécier le moment. David m’annonce alors que je me trouve sur une immense crevasse et me demande de changer d’endroit rapidement. C’est alors que je lève les yeux et que je vois la crevasse s’étendre sur des dizaines de mètres. Il y avait un pont de neige qui rendait le tout solide mais à quel point…

Nous avons repris le chemin du retour après environ 10 minutes sur ce faux sommet. La visibilité sur la descente était toujours nulle et même pour quelqu’un d’expérimenté comme David, il était difficile de retrouver le chemin dans cet enfer blanc. Nous avons pris le mauvais chemin pour se retrouver à travers des falaises de roches sur une pente d’environ 55°. David s’est dés-encordé et il a remonté la pente pour voir où était le bon chemin. Nous avons attendu là au froid glacial pendant environ 20 minutes. Une fois de retour, il nous dit qu’on doit remonter une partie de la montagne pour aller prendre un autre chemin. La descente fut plus longue et exténuante que prévue. Nous sommes rentrés au refuge aux alentours de 9h00 du matin sous le regard étonné des gens présents dans le refuge. Ils semblaient étonnés que ces deux jeunes blancs se soient rendus plus loin que quiconque ce jour-là. Nous avons enfin reçu quelques regards avec une marque de respect. Chose que nous n’avions pas eu la veille à notre entrée au refuge.

C’est fou comme le moral est fort. Même lorsque le corps est fatigué et qu’on est sur le bord d’abandonner, la force du moral qui nous habite tient bon et nous permet de nous donner le courage qu’il faut pour tenir bon. Cette volonté qui m’a habité ce jour-là était incomparable. Merci encore à notre guide David et à Mathieu qui m’ont encouragé à me dépasser dans cette ascension même si nous n’avons pas pu nous rendre au sommet dû à une situation hors de notre contrôle.

Alain

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