Aujourd’hui, j’affronterai la Cordillera Blanca de Huaraz au Pérou une fois de plus. J’ai des frissons juste à y songer. Marcher au cœur de la Cordillère des Andes procure un plaisir visuel et olfactif unique : c’est comme visiter une autre planète et y découvrir de nouveaux plaisirs : les paysages dépassent l’imagination. À la fin de cette randonnée, je serai à environ 5000 m au-dessus de l’océan. J’ai l’impression que l’ascension ne sera pas évidente pour tous les participants étant donné que la grande majorité des marcheurs n’a pas eu l’occasion d’apprendre à connaître les rudiments des hauteurs de l’Amérique du Sud. À 5000 m, l’oxygène est un luxe : il est plus compliqué d’ordonner à ses pieds d’avancer, de grimper. Je quitte le dernier des trois autobus et me rends au sentier 20 minutes après les premiers, car quelques problèmes de logistique ont retardé le départ de tout mon autobus… De plus, l’altitude me donne toujours envie d’uriner et je devais me trouver un petit coin tranquille… Je profite de mon moment de solitude pour faire le vide en moi.

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L’eau s’écoulant de Laguna 69

Vamos. Je commence l’ascension avec la forte conviction que je terminerai premier. Mon esprit de compétition prend le dessus sur moi et j’aime ça. Je marche à un rythme rapide, mais pas trop tout de même, afin de ne pas avoir de touristes-photographes dans mon champ de vision. Je veux que l’euphorie que ces paysages me procureront soit inégalable. Quelques ruisseaux bleutés (qui, en passant, donnent un aperçu de la coloration de la lagune au sommet) et arbres étranges garnissent les sentiers. Je marche et passe tout près de vaches sauvages et elles ne semblent pas porter attention à ma présence puisque souvent, elles étaient dans le milieu de la route et ne gaspillaient pas leur énergie à bouger et me faire un espace. Après tout, je ne suis pas chez nous! Je dus parfois danser, siffler pour les faire déguerpir. Quelques magnifiques cascades au loin mouillèrent sur les rochers teintés de gris, vers, rouge et brun. La vue est splendide et rend hommage à la diversité de la flore présente. Je suis déjà devant le troupeau (d’humains) avec Mattias (le viking suédois dont je me suis noué d’amitié). Ne vous inquiétez pas, il est plus grand alors il est tout à fait normal que ses pas surpassent les miens… je garde tout de même le rythme en feignant de ne pas avoir de difficulté. De toute façon, il succombera à l’altitude (non pas que je l’espère, mais normalement, il devrait puisqu’il a moins d’expérience que moi). La montagne ne nous laisse pas de chances, et les sentiers humides nous menacent de nous projeter vers la falaise ou de nous tordre et fracasser les chevilles.

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Vallée durant l’ascension

Nous pensons arriver au sommet après un effort extrême… mais non! Il s’agit d’une vallée située au bas du vrai sommet. Le meilleur mot pour décrire cet endroit serait un « vaste faux sommet » Herbe, constructions inconnues, cours d’eau se mélangeant à la verdure, air frais, boue… je sens mon cœur battre et lutter contre les hauteurs. Nous continuons notre ascension vers le dernier sentier, qui est censé nous conduire au paradis (même si je semble déjà y être). La route se complique : très à pique et exigence. C’est à ce moment précis que j’ai pu faire mon devoir de randonneur et combattre la douleur qui irrite mes jambes et mon esprit. Les autres marcheurs arrêtaient les uns après les autres pour reprendre leurs esprits et moi, qui les dépassais à toute allure, les encourageais à ne pas abandonner. Dame nature a eu raison d’eux et elle a confisqué leur souffle. Ils devaient patienter le temps qu’elle leur redonne sous condition de ralentir le rythme. J’ai pu cheminer sans perdre le mien. Je ne vois plus les autres derrière moi après 20 minutes d’ascension. Je dois accélérer, car l’orage arrive et je ne veux pas que le sombre ciel imminent ruine la beauté de lac. J’y suis presque, je le sais, car je vois le ciel, qui m’invite à franchir les hauts rochers, et je renifle les brises de la lagune qui est timide et qui m’attend.

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Le glacier nourrisant Laguna 69
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Laguna 69

Le sommet. Je vous laisse admirer le charme de ce lac aux couleurs qui contrastent avec les rochers. Les petits arbustes qui se reposent sur la rive patientent. Je suis plus qu’en avance. Je peux entendre un sommet plus loin sur ma droite qui m’appelle. Cela ne vous arrive pas d’écouter votre moi intérieur qui vous envoie des défis? Je suis d’avance! Alors, pourquoi ne pas profiter du temps qui me reste pour aller plus haut encore? Tous les montagnards le savent : on est jamais assez haut! Une meilleure vue sera plus extatique pour déguster mes fruits et mon pain.

L’ascension est dangereuse : les éboulements de rochers qui foncent vers moi ne me facilitent pas la tâche et je dois compter sur de bouffes plantes pour m’accrocher. Je finis tout de même par y arriver, car je le sais, le « Laguna 69 » n’est pas le dernier que je verrai et je le sais, j’en suis sûr. Je mange une pomme. Regardez.

-Félix

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